Greffage de
l’Olivier
Maîtriser les techniques de greffage de l’olivier — des fondements biologiques à la pratique terrain — pour renouveler les variétés, reconvertir les vergers et produire des plants de qualité.
Greffer, c’est unir biologiquement deux individus végétaux distincts pour qu’ils fonctionnent comme un seul arbre. Chaque composante joue un rôle précis et irremplaçable.
- Le greffon : la partie végétative prélevée sur la variété souhaitée (bourgeon, rameau, écorce avec bourgeon). Il apporte toutes les caractéristiques variétales — qualité de l’huile, taille des olives, vigueur aérienne, résistances spécifiques. C’est la partie qui deviendra la couronne de l’arbre adulte.
- Le porte-greffe : l’individu qui fournit le système racinaire. Il apporte l’adaptation au sol, la résistance aux maladies racinaires, la tolérance à la sécheresse ou à l’excès d’eau. Il influence indirectement la vigueur globale et la précocité de production.
- Le point de greffe (soudure) : la zone de jonction entre le greffon et le porte-greffe. C’est ici que se forme le cal de soudure et que se rétablit la circulation de la sève. Cette zone est la plus fragile en début de vie de l’arbre greffé.
- La chimère de greffe : au point de greffe, les cellules des deux partenaires coexistent et se mélangent légèrement dans la zone du cal. L’arbre résultant est un organisme composite qui tire ses forces des deux partenaires.
La réussite d’une greffe dépend entièrement de la formation du cal et de la soudure vasculaire entre les deux partenaires. Comprendre ce mécanisme permet de comprendre pourquoi chaque geste technique est important.
- Le cambium : couche de cellules actives situées juste sous l’écorce (entre l’écorce et le bois). C’est la « zone de vie » de l’arbre — elle produit le bois vers l’intérieur et l’écorce vers l’extérieur. Pour réussir une greffe, les cambiums des deux partenaires doivent être en contact parfait.
- Formation du cal : après la mise en contact, les cellules cambiales des deux partenaires se multiplient intensément et forment un tissu cicatriciel commun (cal parenchymateux). Ce cal remplit les espaces vides et soude les deux parties. Durée : 10 à 21 jours selon la température.
- Différenciation vasculaire : progressivement, le cal se différencie pour reformer des vaisseaux conducteurs (xylème et phloème) continus entre le greffon et le porte-greffe. C’est ce rétablissement de la circulation de la sève qui marque la réussite définitive de la greffe.
- Température et humidité : la formation du cal est optimale entre 20 et 28°C. En dessous de 15°C, le processus est bloqué. L’humidité au niveau de la zone de greffe doit être maintenue (enveloppement, mastic) pour éviter le dessèchement qui tuerait les cellules cambiales en cours de multiplication.
Toutes les combinaisons greffon / porte-greffe ne fonctionnent pas. La compatibilité biologique est une condition indispensable à la réussite à long terme.
- Compatibilité immédiate : le greffon et le porte-greffe forment bien un cal et semblent reprendre normalement. La soudure se forme dans les premières semaines.
- Compatibilité à long terme : certains couples apparemment compatibles en pépinière révèlent une incompatibilité tardive — point de greffe fragile, chlorose, nanisme, mort prématurée 3 à 10 ans après le greffage. C’est l’incompatibilité tardive, la plus dangereuse car elle n’est pas détectable au moment de la vente.
- Chez l’olivier : les greffages entre variétés d’olivier (Olea europaea) sont en général compatibles entre eux. Les combinaisons les plus fiables utilisent des porte-greffes issus de semis d’oliviers locaux ou des variétés rustiques reconnues. L’Institut de l’Olivier en Tunisie maintient des données sur les compatibilités testées.
- Fidélité variétale totale : le greffon reproduit exactement les caractéristiques de l’arbre-mère dont il est issu. Le porte-greffe n’influence pas les caractéristiques de la variété — il n’y a pas de mélange génétique. L’huile produite sera conforme à la variété greffée.
- Intérêt du greffage par rapport au bouturage : permet de produire des arbres sur des porte-greffes aux qualités racinaires supérieures (résistance à la sécheresse, à la salinité, aux nématodes), de reconvertir des vergers adultes (surgreffage), et de multiplier des variétés difficiles à bouturer.
🧠 Quiz — Module 1 : Biologie de la greffe
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
Un greffeur professionnel travaille avec des outils spécifiques, maintenus en parfait état. Un outil émoussé ou mal désinfecté peut faire échouer même la meilleure technique.
- Le greffoir : couteau à lame courte (5–7 cm), très tranchante, légèrement incurvée. La spatule à l’opposé de la lame sert à décoller l’écorce sans la blesser. C’est l’outil central du greffeur.
- La scie à greffe : petite scie à lame fine, pour sectionner les branches de gros diamètre (greffage en couronne, en fente sur sujets adultes). Doit couper proprement sans éclater le bois.
- Le sécateur : pour préparer les greffons (couper les rameaux porte-greffons avec précision). Lame propre et bien affûtée.
- Le mastic de greffage (enduit cicatrisant) : produit qui recouvre les plaies ouvertes (points de greffe, coupes de sections) pour les protéger du dessèchement, des champignons et des insectes. Disponible en pots (application au pinceau ou à la spatule) ou en spray.
- Les raphias et rubans de greffage : liens souples qui maintiennent le greffon en contact parfait avec le porte-greffe le temps de la soudure. Le ruban de greffage élastique (film polyéthylène) est le matériel moderne le plus utilisé — il se dégrade naturellement à la lumière ou doit être retiré après la reprise.
- Désinfectant pour les outils : alcool à 70° ou solution d’hypochlorite de sodium (eau de Javel diluée) pour désinfecter la lame entre chaque arbre et éviter la transmission de maladies (tuberculose, verticilliose).
Le greffon est le matériel végétal qui deviendra la variété de l’arbre adulte. Sa qualité — variétale, sanitaire et physiologique — conditionne directement le taux de reprise et la qualité de l’arbre produit.
- Critères de sélection des rameaux-greffons : rameaux de l’année précédente (bois d’un an), bien aoûtés (lignifiés), de 5 à 8 mm de diamètre, portant des bourgeons bien développés et non éclatés. Éviter les rameaux trop fins (manque de réserves), trop vieux (bois gris) ou malades.
- Authenticité variétale : prélever les greffons uniquement sur des arbres-mères identifiés et certifiés. Ne jamais prélever sur un arbre dont on n’est pas certain de l’identité variétale.
- État sanitaire des greffons : exempter de signes de maladie du bois, de présence de tuberculose (galles), d’attaques de ravageurs ou de symptômes inexpliqués.
- Période de prélèvement : idéalement en fin d’hiver (janvier-février en Tunisie), quand les bourgeons sont encore dormants mais bien formés. Le rameau est conservé à l’abri du dessèchement jusqu’au moment du greffage.
- Conservation des greffons : envelopper les rameaux dans un linge humide, placer dans un sachet plastique fermé au réfrigérateur (4–6°C). Se conservent 1 à 3 semaines dans ces conditions. Ne jamais laisser sécher — un greffon desséché ne reprend pas.
- Transport des greffons : dans une glacière avec des pains de glace (sans contact direct avec la glace pour éviter le gel), ou dans une boîte avec papier humide. Éviter la chaleur et le soleil direct.
Le timing du greffage est aussi important que la technique. Greffer au mauvais moment de l’année est une cause majeure d’échec, même avec une parfaite maîtrise gestuelle.
- Période principale (printemps) : mars à mai en Tunisie. La montée de sève active et le démarrage de la végétation créent les conditions idéales pour la formation du cal. L’écorce se décolle bien (indispensable pour la greffe en écusson). C’est la fenêtre la plus longue et la plus productive.
- Période secondaire (fin été–automne) : août-septembre. Possible pour la greffe en écusson à œil dormant. Les températures restent favorables et la sève recommence à circuler après la pause estivale. Moins de taux de réussite que le printemps.
- À éviter : plein été (chaleur extrême → dessèchement rapide du greffon), hiver froid (< 10°C → formation du cal bloquée), périodes de vent fort et sec (dessèchement accéléré), jours de pluie (risque fongique sur les plaies ouvertes).
- Meilleure heure de la journée : tôt le matin ou en fin d’après-midi — les températures sont plus fraîches, l’hygrométrie plus élevée et l’évaporation des plaies plus lente.
- Différences régionales en Tunisie : au Nord (Bizerte, Béja) : fenêtre de printemps plus longue (mars-juin). Au Centre (Sfax, Kairouan) : printemps plus court, greffe de mars à avril recommandée. Au Sud (Médenine, Tataouine) : anticiper début mars avant les chaleurs.
🟢 Jan–Fév : prélèvement et conservation des greffons
🟢 Mars–Avr : période principale — tous types de greffage
🟡 Mai : encore possible selon les conditions
🔴 Juin–Juil : à éviter — chaleur excessive
🟡 Août–Sept : greffe en écusson uniquement (à œil dormant)
🔴 Oct–Fév : à éviter — températures trop basses
🧠 Quiz — Module 2 : Matériel & Outils
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
La greffe en écusson (budding) consiste à insérer un écusson — un fragment d’écorce portant un bourgeon de la variété souhaitée — sous l’écorce du porte-greffe préalablement incisée. C’est la technique la plus fine, la plus économe en matériel végétal et la plus adaptée aux porte-greffes de petit diamètre en pépinière.
- Écusson à œil végétant (printemps) : le bourgeon de l’écusson est au stade de démarrage — il commencera à pousser immédiatement après la reprise. Utilisé en mars-mai quand la végétation est active. Reprise rapide et visible en 2 à 4 semaines.
- Écusson à œil dormant (fin été) : le bourgeon est formé mais encore en dormance. La soudure se forme, mais la pousse n’apparaît qu’au printemps suivant. Utilisé en août-septembre. Taux de réussite légèrement inférieur mais possible en dehors du printemps.
- Diamètre optimal du porte-greffe : 1 à 3 cm. En pépinière sur jeunes porte-greffes issus de semis ou de boutures d’un an à deux ans.
La greffe en écusson en T (en T renversé ou en T normal) est la variante la plus courante. Elle demande de la dextérité mais se maîtrise rapidement avec la pratique.
- Étape 1 — Préparation du porte-greffe : nettoyer la zone d’incision sur le tronc (à 10–15 cm du sol pour la pépinière). Pratiquer une incision en T sur l’écorce : une incision horizontale de 1,5 cm, puis une incision verticale de 2–3 cm vers le bas. Le T forme une « poche » dans laquelle sera glissé l’écusson.
- Étape 2 — Décollement de l’écorce : avec la spatule du greffoir, soulever délicatement les deux rabats d’écorce de part et d’autre de l’incision verticale. L’écorce doit se décoller facilement si la sève circule activement. Si elle déchire → soit pas assez de sève, soit mauvais timing.
- Étape 3 — Prélèvement de l’écusson : sur le rameau-greffon, choisir un bourgeon bien formé. Couper un écusson de 2–2,5 cm de hauteur en passant la lame sous l’écorce (2–3 mm dans le bois). L’écusson inclut le bourgeon, l’écorce autour et une fine lamelle de bois.
- Étape 4 — Retrait du bois (optionnel selon les greffeurs) : certains greffeurs retirent délicatement la lamelle de bois de l’intérieur de l’écusson pour ne garder que l’écorce avec le bourgeon et le cambium — cela améliore le contact cambial. D’autres conservent le bois. Les deux approches fonctionnent.
- Étape 5 — Insertion de l’écusson : glisser l’écusson sous les rabats d’écorce du porte-greffe. Le bourgeon doit être au centre de l’incision en T et les cambiums en contact. Couper proprement l’excédent d’écusson dépassant en haut de l’incision horizontale.
- Étape 6 — Ligaturage : enrouler le ruban de greffage ou le raphia en spirales serrées autour de la zone de greffe, en laissant le bourgeon dégagé (ne pas le recouvrir). Couvrir toute la plaie sauf le bourgeon.
🧠 Quiz — Module 3 : Greffe en écusson
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
La greffe en fente est l’une des techniques les plus accessibles pour le débutant. Elle consiste à sectionner le porte-greffe et à insérer un ou deux greffons taillés en biseau dans une fente pratiquée au centre de la coupe.
- Greffe en fente pleine : fente centrale dans le porte-greffe sectionné, on insère 2 greffons (un de chaque côté) pour augmenter les chances de réussite. C’est la variante la plus courante en pépinière.
- Greffe en fente latérale : on ne sectionne pas le porte-greffe complètement — on pratique une fente oblique sur le côté du tronc et on insère un greffon. Le porte-greffe reste en place et continue à pousser pendant la soudure, puis est sectionné au-dessus de la greffe après la reprise. Moins de stress pour le sujet.
- Diamètres adaptés : la fente pleine est efficace pour des diamètres de 1 à 5 cm. Au-delà, elle laisse une plaie trop importante difficile à protéger — préférer la greffe en couronne.
- Avantage : plus simple que l’écusson, ne requiert pas que l’écorce se décolle (peut être pratiquée même hors période de pleine sève). Bonne robustesse mécanique immédiate.
Technique détaillée de la greffe en fente pleine, la plus utilisée en pépinière et en verger pour des sujets de petits à moyens diamètres.
- Étape 1 — Section du porte-greffe : sectionner proprement le porte-greffe à la hauteur souhaitée (5–10 cm du sol en pépinière, ou sur une branche en verger) avec une scie à greffe ou un sécateur. Lisser la coupe à la lame si nécessaire.
- Étape 2 — Pratique de la fente : au centre de la section, enfoncer la lame du greffoir (ou un couteau à greffe) sur 3 à 4 cm de profondeur pour créer une fente centrale. Maintenir la fente ouverte avec un coin de bois ou le dos de la lame.
- Étape 3 — Préparation des greffons : préparer 2 greffons comportant chacun 2 à 3 bourgeons. Tailler la base de chaque greffon en double biseau (biseau de chaque côté sur 3–4 cm) — forme de « coin » ou « cale ».
- Étape 4 — Insertion des greffons : insérer les 2 greffons de chaque côté de la fente. La face externe du greffon doit être parfaitement alignée avec l’écorce externe du porte-greffe — c’est le contact cambium/cambium qui doit être parfait sur le côté externe. Les bourgeons des greffons doivent pointer vers le haut.
- Étape 5 — Retrait du maintien de la fente : retirer délicatement le coin qui maintenait la fente ouverte — l’élasticité du bois du porte-greffe pince les greffons et les maintient en place.
- Étape 6 — Protection : couvrir toute la plaie (coupe du porte-greffe + zones d’insertion) avec du mastic cicatrisant. Ligaturer les greffons au porte-greffe pour éviter tout mouvement pendant la soudure.
🧠 Quiz — Module 4 : Greffe en fente
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
La greffe en couronne est la technique adaptée aux gros diamètres (> 5 cm) — branches maîtresses, charpentières, ou troncs principaux d’oliviers adultes. C’est la technique de référence pour le surgreffage de conversion variétale en Tunisie.
- Principe : on sectionne la branche ou le tronc du porte-greffe, puis on insère plusieurs greffons sous l’écorce tout autour de la coupe circulaire — d’où le nom « couronne ». Les greffons sont glissés entre l’écorce et le bois sur toute la périphérie.
- Nombre de greffons : en fonction du diamètre. Pour une branche de 5–8 cm : 3 à 4 greffons. Pour un tronc de 10–15 cm : 5 à 6 greffons. La densité doit être suffisante pour couvrir toute la périphérie du cal et favoriser la cicatrisation complète de la grande plaie.
- Contextes d’utilisation : reconversion variétale de vergers adultes (remplacer une variété peu valorisée par une variété plus demandée sans arracher les arbres), régénération après maladie ou accident (section des parties mortes et regreffage sur souche saine), surgreffage en pépinière sur de gros porte-greffes.
- Avantage économique : un vieil olivier peut être reconverti en 2 à 3 ans au lieu de 8 à 10 ans pour une replantation totale. Les racines établies assurent une reprise vigoureux et une production rapide.
Technique rigoureuse adaptée aux gros diamètres. Demande une bonne maîtrise des outils (scie et greffoir) et une application soignée du mastic pour protéger la grande plaie exposée.
- Étape 1 — Section nette du porte-greffe : sectionner la branche ou le tronc avec une scie propre et affûtée, perpendiculairement à son axe. La coupe doit être parfaitement lisse — passer la lame du greffoir en rasant si nécessaire pour éliminer les aspérités de sciage.
- Étape 2 — Incisions verticales sur l’écorce : pratiquer 3 à 6 incisions verticales régulièrement espacées sur le pourtour de la coupe, de 3 à 4 cm de hauteur, en allant de la coupe vers le bas. L’espacement dépend du diamètre — calculer pour que les greffons soient régulièrement répartis tout autour.
- Étape 3 — Décollement de l’écorce : avec la spatule du greffoir, soulever délicatement l’écorce de chaque côté des incisions pour créer une « poche » dans laquelle sera glissé le greffon.
- Étape 4 — Préparation des greffons : greffons de 3 à 5 bourgeons. Tailler la base en biseau simple sur 3–4 cm, légèrement arrondi côté interne pour s’adapter à la courbure du porte-greffe.
- Étape 5 — Insertion des greffons : glisser chaque greffon sous l’écorce (face biseautée contre le bois, face plane vers l’extérieur). Le bourgeon supérieur du greffon doit arriver à hauteur de la coupe du porte-greffe. Vérifier que la face externe du greffon est alignée avec la surface de l’écorce (contact cambial).
- Étape 6 — Protection et ligature : couvrir toute la surface de la coupe avec du mastic cicatrisant (surface importante à protéger). Enrouler un ruban de ligature autour de la zone pour serrer les greffons contre l’écorce. Certains greffeurs couvrent l’ensemble avec un sachet plastique pendant 2 à 3 semaines (chambre humide).
🧠 Quiz — Module 5 : Greffe en couronne
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
En oléiculture tunisienne, les porte-greffes sont principalement issus de semis de noyaux d’oliviers locaux, ou plus rarement de boutures d’oliviers rustiques. Le choix du porte-greffe influence la vigueur, l’adaptation au sol et la longévité de l’arbre greffé.
- Porte-greffe franc (issu de semis) : plant produit par germination d’un noyau d’olive. Génétiquement variable (comme tout individu issu de graine) mais généralement robuste, avec un bon système racinaire pivotant. C’est le porte-greffe le plus utilisé en Tunisie pour la production de plants greffés.
- Porte-greffe clonal (issu de bouturage) : clone d’une variété à caractéristiques racinaires spécifiques (résistance à la verticilliose, à la salinité, à la sécheresse). Uniformité garantie mais coût de production plus élevé. Peu utilisé actuellement en Tunisie mais en développement.
- Olivier sauvage (oléastre) : Olea europaea var. sylvestris. Très rustique, adapté aux sols pauvres et secs. Utilisé comme porte-greffe dans certaines zones arides tunisiennes. Peut introduire une vigueur importante qui doit être contrôlée par la taille.
- Critères de choix du porte-greffe : adaptation au type de sol (calcaire, argileux, sableux), résistance aux maladies racinaires (nématodes, Verticillium, Phytophthora), tolérance à la salinité et à la sécheresse selon la région, vigueur souhaitée pour l’arbre adulte.
La production de porte-greffes par semis nécessite des prétraitements indispensables pour lever la double dormance du noyau d’olive. Sans ces étapes, la germination est très lente, irrégulière ou nulle.
- Collecte des noyaux : prélever des noyaux sur des oliviers sains et vigoureux au moment de la pleine maturité (octobre-novembre). Nettoyer la chair résiduelle et laisser sécher 24 à 48h à l’ombre.
- Dormance physique (endocarpe dur) : la coque ligneuse très dure du noyau empêche l’eau et l’oxygène d’atteindre l’embryon. La scarification (abrasion mécanique, trempage acide) brise cette barrière physique.
- Scarification mécanique : frotter les noyaux sur du papier abrasif (grain 60–80) ou les passer dans un scarificateur jusqu’à affiner légèrement la surface sans atteindre la graine. Alternative : trempage dans de l’acide sulfurique concentré pendant 15 à 30 minutes (technique professionnelle à manier avec prudence).
- Dormance physiologique (embryon) : même après scarification, l’embryon a besoin d’un « signal hivernal » pour démarrer. La stratification froide simule cet hiver artificiel.
- Stratification froide : mélanger les noyaux scarifiés avec du sable humide dans un sachet plastique perforé. Placer au réfrigérateur à 4–6°C pendant 6 à 10 semaines. Vérifier l’humidité régulièrement.
- Semis et germination : après stratification, semer les noyaux en caissettes ou directement en godets dans un substrat léger et bien drainé. Maintenir à 20–25°C. Germination en 3 à 6 semaines. Éclaircir à 1 plant par godet.
🧠 Quiz — Module 6 : Porte-greffes
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
Les premières semaines après le greffage sont la période d’anxiété du greffeur. Savoir lire les signes de reprise (ou d’échec) permet d’agir rapidement — soit pour accompagner le développement du greffon, soit pour regreffer si nécessaire.
- Signes positifs de reprise (4–6 semaines) : le greffon reste vert et turgescent (pas de flétrissement). Les bourgeons commencent à gonfler, puis des pousses vertes apparaissent. La ligature peut montrer un léger renflement au niveau du cal en formation. Test au sécateur : une fine entaille au niveau du point de greffe montre du tissu vert vivant.
- Signes d’échec : le greffon noircit progressivement et se dessèche (dessèchement rapide en 1–2 semaines → contact cambial absent ou dessèchement du greffon ; dessèchement lent → soudure incomplète). Les bourgeons restent fermés et ne grossissent pas après 6 semaines dans des conditions normales.
- Attention aux « faux départs » : parfois des bourgeons du greffon s’ouvrent légèrement puis meurent — la soudure n’est pas assez avancée pour alimenter la pousse. Ce n’est pas un échec définitif si le greffon reste vert par ailleurs — attendre encore 2 à 4 semaines.
- Délai d’évaluation selon la technique : écusson à œil végétant — reprise visible en 2 à 4 semaines. Écusson à œil dormant — reprise confirmée au printemps suivant. Greffe en fente et couronne — reprise visible en 3 à 6 semaines selon les températures.
Greffe en écusson (printemps, bonnes conditions) : 65–85%
Greffe en fente (printemps) : 55–75%
Greffe en couronne (printemps) : 50–70% (au moins un greffon réussi par point)
Greffe en écusson (fin été) : 45–65%
La greffe posée n’est que la première étape. Les soins post-greffage dans les semaines et mois qui suivent sont essentiels pour la réussite à long terme.
- Ombrage temporaire : les premiers jours après le greffage, protéger la zone de greffe du soleil direct intense (tissu blanc, papier journal humidifié) pour réduire la dessiccation des plaies et du greffon en cours de soudure.
- Suppression des rejets du porte-greffe : intervention critique à réaliser régulièrement (toutes les 2 à 3 semaines). Les rejets du porte-greffe — pousses vigoreuses qui partent sous le point de greffe — captent la sève et concurrencent le greffon. Les supprimer à la base immédiatement, sans laisser de moignon.
- Retrait des ligatures : retirer les ligatures (raphia, ruban) 4 à 8 semaines après le greffage, quand la soudure est bien établie. Si on laisse trop longtemps, la ligature peut étrangler le point de greffe en cours de développement. Les rubans photodégradables se décomposent seuls — pratique mais à vérifier.
- Irrigation : maintenir une humidité suffisante dans le sol autour des porte-greffes. Le stress hydrique pendant la période de soudure est une cause fréquente d’échec — le porte-greffe n’alimente plus les cellules cambiales en eau et le cal ne se forme pas.
- Protection phytosanitaire : surveiller l’apparition de champignons sur les plaies (Botrytis, Alternaria) et les galles de tuberculose. Traitement préventif au cuivre possible sur les grandes plaies (greffe en couronne).
- Taille de formation du greffon : dès que le greffon a développé 2 à 3 pousses de 10 à 15 cm, une légère taille de formation oriente la future architecture de l’arbre. Supprimer les pousses mal orientées et ne conserver que la pousse la plus vigoureuse et la mieux placée comme future tige principale.
🧠 Quiz — Module 7 : Suivi post-greffage
Choisissez la meilleure réponse, puis soumettez.
Le surgreffage (top working) est l’une des applications les plus valorisantes du greffage en oléiculture tunisienne. Il permet de reconvertir des vergers entiers vers de nouvelles variétés sans arracher ni replanter.
- Définition du surgreffage : opération consistant à greffer une nouvelle variété sur les charpentières (grosses branches) ou le tronc d’un olivier adulte. L’arbre garde son système racinaire établi — seule la couronne change de variété.
- Contextes d’application en Tunisie : conversion de vergers de variétés locales peu valorisées vers des variétés à forte demande (Arbequina, Arbosana pour l’huile légère, Picholine pour la table), réhabilitation de vergers anciens abandonnés avec de belles structures d’arbres adultes, correction d’erreurs d’identité variétale dans des plantations récentes.
- Planning d’un surgreffage : ne pas surgreffer tout l’arbre en une seule fois. Procéder charpentière par charpentière sur 2 à 3 ans pour ne jamais stresser excessivement l’arbre et maintenir une production pendant la période de transition.
- Technique recommandée : greffe en couronne sur les grosses charpentières (> 5 cm), greffe en fente ou en écusson sur les sous-charpentières (1 à 5 cm). Laisser un « porte-sève » (rameau du porte-greffe non taillé) qui continue à alimenter les racines pendant la reprise des greffons.
- Gestion du porte-sève : le porte-sève est un rameau du vieux porte-greffe qu’on laisse intentionnellement pendant 1 à 2 ans pour maintenir la circulation de sève dans les racines le temps que les greffons soient assez développés. On le supprime progressivement ensuite.
Un plant greffé n’est commercialement et agronomiquement valable que si son authenticité variétale et son état sanitaire peuvent être garantis. La certification et la traçabilité sont les fondements de la confiance entre pépiniériste et acheteur.
- Traçabilité des greffons : noter pour chaque lot de greffes : date, parcelle d’origine, pied-mère source, identificateur variétal (confirmé par qui ?), opérateur greffeur. Ces informations sont la base de la traçabilité du plant produit.
- Étiquetage des plants greffés : chaque plant doit porter dès la pépinière une étiquette indiquant : nom de la variété du greffon, nom de la pépinière, date de greffage, numéro de lot. Ces informations accompagnent le plant jusqu’à l’acheteur final.
- Certification sanitaire : les plants greffés destinés à la vente peuvent faire l’objet d’un contrôle officiel (CRDA, DGPA) vérifiant l’absence d’organismes nuisibles réglementés. Un passeport phytosanitaire peut être exigé pour certains marchés ou programmes.
- Référence variétale : l’authenticité variétale doit être confirmée par rapport à une collection de référence. En Tunisie, l’Institut de l’Olivier maintient la collection nationale — c’est l’arbitre officiel en cas de litige variétal.
- Registre de production : le pépiniériste tient un registre documentant chaque lot de greffage : nombre de sujets greffés, taux de reprise, traitements appliqués, date de commercialisation, coordonnées de l’acheteur. Ce registre permet toute investigation rétroactive.
🧠 Quiz Final — Module 8 : Surgreffage & Certification
Dernier quiz — terminez la formation !
Formation accomplie !
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1. Les cambiums du greffon et du porte-greffe doivent être en contact direct parfait — c’est la règle absolue.
2. Un greffoir bien affûté est la condition n°1 — une lame émoussée tue les cellules cambiales.
3. Prélever les greffons sur des pieds-mères certifiés, sains et variétalement authentifiés.
4. Greffer de mars à mai — la période idéale en Tunisie quand la sève monte activement.
5. Ligaturer sans recouvrir le bourgeon — protéger sans étouffer.
6. Supprimer les rejets du porte-greffe toutes les 2 à 3 semaines — priorité absolue.
7. En surgreffage, procéder charpentière par charpentière et garder un porte-sève.
8. Traçabilité et étiquetage de chaque plant — garantie de qualité et de valeur commerciale.
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